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Blog des amis de Dieu, de la France et de la Russie

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La banalisation des tragédies

     Les dirigeants américains de l'organisation Alliance interreligieuse ont fait une déclaration inattendue. Ils ont appelé à ne pas utiliser de comparaisons et de métaphores faisant référence à l'histoire de l'Holocauste et de l'Allemagne nazie dans les discussions publiques. Le fait est que les Américains se sont mis ces derniers à se taxer les uns les autres de fascistes pour les raisons les plus bénignes.

       Par exemple, le "prix de Josef Mengele" a été proposé au conseiller principal du président Barack Obama pour les questions de la santé. Les "inventeurs" de ce prix l'ont nommé ainsi en l'honneur du médecin sadique nazi qui faisait des expériences sur les êtres humains. Les leaders religieux américains qui exhortent ordinairement à se souvenir du massacre des Juifs sous le régime nazi n’ont pas apprécié de telles mentions de l'Holocauste, estimant à juste titre qu'elles banalisaient l’une des plus terribles tragédies de  l'histoire de l'humanité. La banalisation de la tragédie, c’est lorsque l’on mentionne un événement tragique à des fins peu recommandables, offensant par là-même la mémoire des victimes de cette tragédie

       Les répressions staliniennes est notre Holocauste soviétique. Les staliniens la contestent. Les "antistaliniens" occidentaux la banalisent. La calomnie publiée sur le site EUobserver.com, citant les propos d’une certaine personne qui aurait prétendu que RIA Novosti visait à améliorer l'image de Staline en recourant aux services d’agences de communication occidentales "peu connues" relève également de la banalisation. Il est parfaitement évident que l'auteur de cet article a une vision manichéenne et primitive du monde. Il donne une image prospère et humaniste des Etats-Unis et de l'UE alors que la "Russie poutinienne" est présentée comme un pays rétrograde qui  retourne sournoisement en arrière, vers le stalinisme. Ce n'est même pas idiot. C'est très précisément trivial.

       On comprend d'où vient ce désir obsédant de voir en nous des défenseurs des bourreaux. Dans la conscience occidentale (en premier lieu aux Etats-Unis et dans les  pays d'Europe occidentale), la Russie a joué, durant de longues années, le rôle de l’autre (pardonnez-moi ce terme à la mode). Les informations, selon lesquelles la Russie misérable et autocrate se trouve quelque part à l'Est, permettent aux lecteurs ou aux téléspectateurs occidentaux de croire qu'ils vivent dans un pays riche et démocratique. "Je suis bon, parce que je ne suis  pas lui (le mauvais)" : hélas, ce système n'a rien de nouveau. Malheureusement, ce système d’autosatisfaction est également souvent utilisé par des Russes, pour lesquels le rôle de celui l’autre est joué par les pays d'Afrique, les pays  pauvres de l'Orient musulman, etc. Cette attitude est d’autant plus condamnable, qu'elle ne correspond plus depuis longtemps aux réalités (toute la Russie n'est pas misérable et privée de droits, de même que  toute l'Afrique n'est pas en retard et affamée). Mais cette forme basse d’autosatisfaction convient parfaitement à l’EUobserver.com. A quoi bon inventer quelque chose de nouveau et tenter de comprendre quelque chose à la vie compliquée des russes et de la Russie, lorsque les vieilles ficelles sont efficaces?

      En fait, l'attitude des Etats-Unis et de l'Europe occidentale actuels envers le stalinisme et les combattants de ce fléau soulève des questions. Alexandre Soljenitsyne a cessé d'être un héros pour la plupart des intellectuels américains dès les années 70, lorsqu'il a osé douter, dans sa conférence à Harvard, de la perfection de la démocratie libérale dans sa forme contemporaine. Le pape Jean-Paul II a été souvent cité par les médias occidentaux au début de son mandat, lorsqu'il a vigoureusement critiqué le régime communiste en Pologne et dans d'autres pays du bloc soviétique. Mais lorsque, dans la dernière période de sa vie, il a critiqué le capitalisme et (horreur!) le mode de vie contemporain irresponsable, ses phrases ont beaucoup moins retenu l'attention et provoqué parfois une avalanche de critiques fielleuses. Lorsque Soljenitsyne est resté patriote de la Russie sous Poutine, il a été victime d’un blocus informationnel. Seul l'académicien Andreï Sakharov est resté invulnérable face à ce changement d'attitude, parce qu'il est mort en 1989. Dans le contexte de l'intolérance idéologique actuelle aux Etats-Unis et en Europe occidentale, il serait certainement incorrect avec sa "théorie de la convergence" du capitalisme et du socialisme.

       Il n’est pas besoin de parler de l'attitude à l'égard de la littérature antistaliniste russe. La réduction brusque du financement des études slaves, de Vancouver à Tokyo, après la chute de l'URSS a prouvé de manière éloquente que Pasternak et Tsvetaïeva n'étaient nécessaires à l'Occident qu'à des fins politiques. Il s'avère que, pour l'immense majorité des "décideurs" occidentaux, une  littérature russe libre ne représentait aucune valeur.

        A présent, ceux qui ont ignoré Soljenitsyne dans la dernière période de sa vie et qui ont presque rangé le pape parmi les "sous-fifres de Fidel Castro" à cause de sa visite à Cuba osent nous apprendre à lutter contre le stalinisme. C'est idiot, grossier et trivial.

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