Contrairement à ce que certains pourraient croire, le plus fort argument et celui qui doit être le plus appuyé dans le discours monarchiste français s’il veut être crédible et donner de la « valeur ajoutée », y compris sentimentale, à la Monarchie, c’est celui de la transmission héréditaire de la magistrature suprême de l’Etat, de cette règle de succession qui, sans limiter l’être politique du Roi à une personne donnée, en fait un principe vivant et humanisé par des visages différents sans être personnalisé à l’extrême comme dans nos démocraties électorales et médiatiques, nos « démocraties émotionnelles » qui s’entichent d’idoles qu’elles brûleront le lendemain avec tout autant d’ardeur qu’elles y ont cru, ou fait semblant d’y croire…
En somme, dans des sociétés démocratiques où le citoyen se comporte d’abord comme un « consommateur » ou un « mateur » tout court, il paraît utile de « refonder le Politique » sur ce qui est le plus naturel, le plus humain de l’Homme, c’est-à-dire le mode de transmission de la vie, du père au fils par l’intermédiaire de ce qui ne s’achète pas et échappe au choix de celui qui en est le fruit, la naissance. Bien sûr, cet argument de la naissance comme moyen de désigner le magistrat suprême sans en passer par les manipulations de l’Opinion ou les jeux de l’élection, cet argument-là est le plus combattu aussi par ceux qui se proclament républicains : « Comment ! Vous voulez confier le pouvoir au règne du hasard ? Mais n’est-ce pas dangereux ? Et injuste ? ». Effectivement, il y a la part de hasard qui est celle de toute naissance, dont on ne sait jamais ce qu’elle donnera, ange ou démon : mais n’est-ce pas aussi le meilleur moyen de ne rien devoir aux joutes oratoires et aux exercices intellectuels de la démagogie, tout en ayant des devoirs dont il est, dans le cas français, impossible de se défaire dans cette Monarchie qui, au-delà de la succession héréditaire, est depuis la fin du Moyen-âge « statutaire » et ne permet pas à l’héritier de « défaire l’héritage » ?