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Claude Deresnes parmi d'autres entre 1961 et 1962 dans le chaos algérien.Article de la Voix du Nord.
Avoir vingt ans dans les Aurès, ce n'est pas seulement le titre d'un film sorti en 1972 par René Vautier, c'est aussi une réalité qu'a vécue le Maubeugeois Claude Deresnes, envoyé en Algérie en 1961, douze jours avant cet anniversaire de toutes les espérances.
Extrait d'état civil : Deresnes, Claude, né le 17 janvier 1941 à Hautmont. Feuille de route : affectation de l'appelé du contingent Deresnes, de la 9 e division héliportée, le 5 janvier 1961, à Sétif, à la base 101 de l'Alat, l'aviation légère de l'armée de terre. Celui qui était alors employé de l'entreprise HK Porter de Marpent se retrouve au sein d'un régiment qui a pour mission de veiller à la sécurité dans les villages algériens et de mettre à disposition la logistique héliportée dont ont besoin les paras. Suivait-il alors l'actualité algérienne qui a déchaîné ici les passions, opposé violemment les intellectuels et courants politiques, valu à Servan-Schreiber une inculpation pour « atteinte au moral des armées » et au général Jacques Pâris de Bollardière soixante jours de forteresse pour avoir dénoncé la torture, avant que cette tragédie sans nom ne s'achève sur plusieurs dizaines de milliers de morts par les accords d'Évian du 18 mars 1962, applicables le lendemain ? « Oui, comme tout le monde. Mais pour moi comme pour beaucoup, c'était du maintien de l'ordre. » De Sétif, le biffin Deresnes part vers Orléansville. Un entraînement spécifique avant de voguer d'une rive à l'autre, en guerre, de la Méditerranée ? « Ah non, on est parti comme ça, directement. » Une idée de ce qui l'attendait là-bas ? « Beaucoup de gens ne savaient pas.
Moi-même, j'ai découvert sur le terrain ce qui se passait vraiment. » Le récit, obtenu parfois à l'arraché, est entrecoupé de considérations exposées le regard perdu. « Il y avait des Marocains, des Algériens qui travaillaient pour nous. Des gars avec une conscience professionnelle terrible, mieux que certains de chez nous. » Nous voici le 20 avril 1962 à la sortie d'Orléansville, après le cessez-le-feu donc.
L'embuscade. Le soldat Deresnes et trois autres essuient un tonnerre de feu. Les « fels » sortent pour achever l'Hautmontois grièvement blessé. À coups de crosse. Ils sont sur lui quand des légionnaires alertés par les tirs surgissent. Sur le livret militaire on lit : « Blessures par balles à l'abdomen, lésions au foie, au côlon, au duodénum, enfoncement frontal droit, fracture maxiliaire supérieur, fractures mains droite et gauche. » Deresnes reçoit les derniers sacrements sur son lit d'hôpital, mais s'en sort. S'en suit deux ans d'hôpitaux, les cannes jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans, le statut de grand invalide de guerre. C'est ça aussi la guerre, c'est surtout ça.
Le regard s'absente de nouveau. « On nous a trompés (...) On aurait pu continuer à travailler tous ensemble là-bas », médite celui qui a converti cette épreuve en un engagement politique au Front national qu'il a quitté pour le mouvement de Carl Lang lors d'une énième scission du parti lepéniste.
Ce qui fait qu'à cet instant précis, on a bien besoin d'un soutien tactique, qu'on va aller chercher du côté de la Légion. Jacques Pâris de Bollardière : « Je pense avec un respect infini à ceux de mes frères, Arabes ou Français, qui sont morts comme le Christ, aux mains de leurs semblables, flagellés, torturés, défigurés par le mépris des hommes ».
• J.-M. BOUTILLIER
Source et publication http://www.lavoixdunord.fr/Locales/Maubeuge/actualite/Secteur_Maubeuge/2012/03/19/article_claude-deresnes-parmi-d-autres-entre-196.shtml