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Delga, en Haute-Egypte, est situé à 300 kilomètres au Sud du Caire. Ce village a vécu sous la terreur des islamistes pendant un mois, depuis l'évacuation sanglante à la mi-août du sit-in des pro-Morsi qui a fait plusieurs centaines de morts. En représailles, ses partisans dans ce village se sont vengés sur les chrétiens, abandonnés aussi par les nouvelles autorités.
Il y a eu deux vagues de violences à Delga contre les chrétiens. La première, le 3 juillet, le jour de la destitution de Mohamed Morsi, le président issu des frères musulmans.
La deuxième, lors de l'évacuation du sit-in des pro-Morsi au Caire. Ce matin-là, racontent les habitants, ils ont entendu un appel à la prière venant d'une mosquée du village. Appel à la haine, en réalité, car les habitants ont distinctement entendu ce message qui incitait à "venger nos frères, massacrés au sit-in de rabaa, dans la capitale".
Le monastère, installé juste à côté de la chapelle, a lui aussi été ravagé © Radio France Vanessa Descouraux
La violence a été instantanée. Cinq églises ont été brûlées, dévastées, même le sol a été cassé. L'un des pères de l'église racontent qu'il y avait 2.000 assaillants, qu'ils étaient constitués en différents groupes. L'un pour brûler, l'autre pour voler, encore un pour écrire des inscriptions sur les murs.
Le cauchemar des chrétiens de Delga ne s'arrête pas là. Ce jour-là la police a été chassée, et pendant un mois, les habitants ont été livrés à eux-mêmes. La presse égyptienne parle alors de Delga comme d'un village "tenu" par les islamistes. Les radicaux ont fait régner la loi, non pas par les armes comme la presse locale le répétait, mais en maintenant la peur. Par des manifestations massives avec des messages virulents. Par du racket aussi.
Le village regorge de témoignages décrivant ses méthodes plus proches du banditisme que de l'islamisme. Une habitante raconte notamment que l'une des ses vaches a été volée, puis les voleurs lui ont revendue. Les médias égyptiens ont évoqué l'existence d'un impôt de protection (jizya) imposé aux chrétiens. Les habitants nous ont démenti cette information, il s'agissait, d'après leurs récits, plus d'une entreprise de racket généralisé.
Le père Eric Dararios, le père principal de l'église de Delga et de ses alentours © Radio France Vanessa Descouraux
Le 16 septembre, la police et l'armée sont intervenues à Delga. L'opération a été spectaculaire, même des hélicoptères ont été déployés dans ce village. Ils inondaient l'air de gaz lacrymogènes, pour que dans le même temps, les troupes progressent au sol.
Mais depuis la peur n'a pas disparu à Delga. Pour preuve, notre
Pour poursuivre l'entrevue avec Adel, nous devons nous cacher d'eux. A ce moment-là, loin de ses cinq hommes, Adel nous livre un tout autre témoignage. "Je ne pouvais pas parler librement tout à l'heure, j'ai dit ça pour protéger ma famille, ma femme qui est médecin dans le village", explique-t-il. Adel n'a pas quitté Delga, "j'aide les chrétiens qui ont été victimes d'attaques, je reste pour eux", dit-il avec une voix fragile, à l'inverse de la force de caractère qu'il lui faut pour rester ici.
150 familles ont, à l'inverse, décidé de partir. C'est le cas de Samir, un avocat, un notable du village. Il s'est réfugié au Caire, avec sa famille, après avoir fui dans des conditions édifiantes. Sa maison est attaquée, il se réfugie chez un voisin, s'y cache pendant 6 jours. Son cousin, lui, n'a pas eu le temps de fuir. Il a été tué, égorgé. Son corps a même été trainé derrière un tracteur dans le village, racontent ses proches.
Même à 300 kilomètres de Delga, la peur n'a pas quitté Samir. S'il est en vie aujourd'hui, c'est grâce à un homme, un voisin, un musulman. Modéré. Ils sont majoritaires dans le village, assure Samir. "Sans eux, sans leur courage car il leur en fait aussi pour nous aider", assure Samir "sans eux, il ne resterait plus grand-chose des biens de chrétiens à Delga".
france info