Manger halal, ce n'est pas une option, c'est une obligation. "
- lundi 13.12.2010, La Voix du Nord
Il a fallu pousser les murs du théâtre Pierre-de-Roubaix, vendredi soir, pour accueillir le public très nombreux venu assister à la conférence « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le halal sans jamais oser le demander ». Une soirée organisée par l'Association Rencontre et Dialogue (ARD), qui a mis en exergue des contradictions persistantes sur la définition même du halal.
- PAR WILFRIED HECQUET
- roubaix@lavoixdunord.fr
- Plus de 200 personnes étaient présentes, vendredi soir, au théâtre Pierre-de-Roubaix. Dans le public, une écrasante majorité de musulmans. Un succès, qui a visiblement ravi Ali Rahni, et son association Rencontre et Dialogue : « On avait prévu 150 chaises, mais on est débordé par le succès du sujet... » Les interventions et débats de la soirée étaient également retransmis en direct sur Pastel FM, élargissant un peu plus encore l'auditoire.
- L'idée de cette conférence : « Aborder d'un point de vue scientifique, éthique et pratique la question du halal. » Dans les faits, la question a surtout été abordée du point de vue de la stricte religion. Pourtant, la première intervenante, Florence Bergeaud, sociologue et auteure du livre Comprendre le halal, a apporté un premier éclairage scientifique, laïc et sans parti pris. Objectif, en somme. Avec des chiffres, d'abord, pour rappeler ce que pèse, aujourd'hui, le marché mondial du halal, qui a émergé surtout depuis les années 1970. La France, avec ses 5 millions de musulmans, serait le premier marché halal en Europe, estimé à « 5,5 milliards d'euros de dépenses en 2009, soit deux fois plus que pour le bio ». Elle notera encore « l'émergence d'une consommation identitaire, politique, pour marquer son soutien à telle ou telle cause » et « une dynamique de la méfiance : chacun promet de faire plus halal que son voisin ». Autre constat : il n'y a pas de véritable définition légale du halal, mais pour ce qui est du rituel, « la législation en France permet de ne pas utiliser l'étourdissement préalable à la saignée de l'animal. La définition, elle, est laissée aux religieux. » C'est là que la question se complique, car visiblement, les autorités musulmanes, d'un pays à l'autre, et même en France, ne sont pas d'accord entre elles. Ainsi constate-t-on des contradictions entre les trois mosquées habilitées pour la certification des abatteurs (Paris, Evry, Lyon).
- On a dès lors plongé de plain-pied dans la discussion sous l'angle religieux, pour ne plus en sortir. Très remarquée, l'intervention de Fateh Kimouche, responsable du fameux site internet Al Kanz. D'entrée, il s'est clairement positionné : « Manger halal, ce n'est pas une option, c'est une obligation. Cela a un impact immédiat dans la vie du musulman, par rapport à ses invocations. Comment tu veux que tes invocations soient entendues si tu vas fracasser ta foi dans un hamburger qui n'est pas halal ? » (lire ci-dessous) Il n'aura de cesse de fustiger le comportement des musulmans : « Les musulmans agissent peu, certains par fatalisme, d'autres par méconnaissance. Et pourtant, ces consommateurs peuvent beaucoup, même tout seuls. Le halal commence par soi-même. Si chacun sort d'ici convaincu de ça, on peut changer la face de ce marché en France !
- » Son objectif : faire bouger la communauté, pour lui faire prendre toute sa place. Et de lister ce que les musulmans sont censés faire dans ce but : « Prévenez les gens autour de vous ! Dites-leur de s'abstenir de consommer ce qui est douteux ! (...) Appelez les services consommateurs des grands groupes. Plus ils auront de demandes, plus ils verront qu'il y a des gens intéressés. Faites part de votre mécontentement, ces sociétés ont une hantise du "bad buzz". Elles savent que la petite étincelle peut devenir un incendie... » Également présent, Fethallah Otmani, directeur administratif d'AVS, « association qui contrôle et assure le respect de l'abattage rituel ainsi que la traçabilité des produits carnés halal ». Il a fait référence au verset du Coran qui édicte selon lui les règles à suivre en la matière. Il a entre autres souligné « le risque de mélange omniprésent entre halal et haram (non halal) ». Pour lui, « le pire qui nous guette, c'est l'insouciance (des consommateurs musulmans) » : « Notre consommation empêche nos invocations de parvenir.
- Si nos invocations parvenaient, ça pourrait régler pas mal de nos problèmes. » Fouad Imarraine, représentant du Collectif des musulmans de France, a lui aussi renvoyé à leurs « responsabilités morales » ces « consommateurs-suiveurs ». Pour lui, tout doit passer par une « prise de conscience » des musulmans, et un « refus de la manipulation ». Manipulation ? Celle des groupes de grande distribution, bien entendu, et non pas celle de la religion.