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Blog des amis de Dieu, de la France et de la Russie

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Civilisation des loisirs ou fuite en avant

  esclavagea.jpg       La société française se décompose dans des rythmes de vie massifiés. Les loisirs standardisés deviennent souvent médiocres dans des motivations dégradantes, savamment exploitées et orchestrés par des "élites" dépravées. Quel destin pour une civilisation dont on nous dit qu'elle doit être celle des loisirs. Et d'ailleurs, quel avenir peut espérer une forme de société qui entretient dans sa jeunesse, dans ses Universités, non seulement des éléments subversifs de tous ordres, mais encore un dégoût général, un très profond malaise ? Il y a là, posé en termes souvent dramatiques, tout le problème de l'avenir et de la finalité de notre communauté nationale.

Dans de telles conditions, les loisirs ne peuvent être ni en droit ni en fait le juste équilibre du travail, la saine contrepartie de l'activité lucrative, la phase réparatrice - et constitutive - d'un véritable rythme de vie... Ces loisirs que l'on nous présente comme l'élément nouveau - et bientôt prédominant - de la civilisation post-industrielle, ressemblent beaucoup en réalité - dans leur nature et leur répartition - à une revanche désordonnée, inadaptée, à une fuite en avant, devant la société qui est la nôtre... S'il est vrai que toute organisation sociale engendre les Loisirs qu'elle mérite, s'il est vrai qu'il existe entre le travail et le loisir une interinfluence, il n'y a pas à s'étonner en effet que notre société s'oriente - comme il est en partie normal - vers une augmentation considérable des loisirs, mais il y a beaucoup à craindre que ceux-ci - comme le travail lui-même - se trouvent entachés de médiocrité, voire de nocivité, et qu'ils augmentent l'insatisfaction générale au lieu de la réduire.

Que sont en effet ces loisirs ?

Ce sont ceux que peut offrir une société telle que nous venons d'en dénoncer les traits principaux. Ce sont ceux - bien caractéristiques - de la société de masse : la télévision, l’ordinateur et le téléphone portable qui sont entrés dans nos vies, y ont introduit un certain langage, une évidente uniformité, une totale passivité, et nous dirons même un certain totalitarisme. Le cinéma et une littérature assez douteuse - aux thèmes mille fois répétés - constituent une autre phase de loisirs. La drogue, la pornographie, une musique aux rythmes étranges représentent trop souvent « l'univers de Fuite » dans lequel se réfugie notre jeunesse. Sur un tout autre plan, « la vogue de la résidence secondaire » n'est encore dans les possibilités que de certaines catégories sociales ; de même que les loisirs ne débouchent vraiment sur des activités culturelles que pour quelques-uns. Quant à la généralisation des voyages et des séjours de vacances - dont la forme actuelle pourrait soulever bien des réserves - leur répartition aberrante - en « bloque » souvent au sens propre tout le bénéfice. Car autant le voyage peut être heureux et « formateur », autant les « transhumances », « les entassements » ou « le rationnement de l'espace » auxquels ils se réduisent souvent en annihilent par avance tout l'intérêt, tous les avantages...

Le processus grégaire suivant lequel nos loisirs « s'organisent » dans leur ensemble, débouche sur des problèmes pratiques considérables, des « impasses » qui pourraient se révéler dramatiques - il conduit en fin de compte à s'interroger plus fondamentalement sur notre société, sur les rapports travail-loisir avec ce que l'on appelle peut-être un peu vite le « Progrès ». Au lieu de rythmer de façon régulière et bien répartie le temps de travail, le loisir s'y oppose et s'en dégage jusqu'à créer deux phases distinctes et antagonistes de la vie : celle réservée au travail, entièrement regroupée sur quelques jours, celle réservée aux loisirs regroupée en une fin de semaine qui tend d'ailleurs sans cesse à en réduire le début... Ainsi l'on assiste à une déshumanisation de plus en plus rapide du travail, réalisé d'une seule traite comme une étape douloureuse, et à une extension indéfinie du temps accordé aux loisirs. Ce phénomène de concentration nuit au plaisir que l’on pourrait trouver dans un travail choisit, comme au fond il nuit au loisir. Il se complique encore par l'extension des grandes vacances, longue période inactive : les structures touristiques très importantes qu'il s'agit de mettre en place pour recevoir sur une période d'un mois des millions d'estivants sont-elles rentables pour un laps de temps aussi court ? De même pour les autoroutes, les parcs naturels, les complexes sportifs, etc. Du point de vue des bénéficiaires des loisirs il est évident que l'on se lassera assez vite de passer des heures d'attente sur des autoroutes transformées en fourmilières en marche, de se battre pour trouver une chambre dans des hôtels surchargés, de visiter au pas de charge des musées ou des châteaux où le temps sera mesuré plus qu'ailleurs...

Quelles satisfactions finiront par procurer des loisirs où l'on retrouverait le rythme contraignant des cadences de travail ? Qui n'a déjà ressenti que nous n'en sommes pas tellement éloignés ? Comme les bienfaits de l'automobile ont été annihilés par les embarras de la circulation, les loisirs du XXIe siècle s'orientent vers un « embouteillage » par le rationnement de l'espace (plages surpeuplées, campings bondés, etc), de la culture, de la nature elle-même, etc. C'est sur cette pente dangereuse que nous glissons rapidement faute de respecter les conditions élémentaires du succès. Nous ne pensons pas que ce soit au bénéfice du vrai repos, de la culture, du véritable loisir. Comment en serait-il d'ailleurs autrement dans la société des mégalopoles, des financiers, des technocrates et surtout du centralisme le plus oppressif ? Les loisirs de tout un peuple peuvent-ils se développer de façon heureuse, harmonieuse s'il n'y a pas de régions, de professions, de communes pour les répartir, les ordonner, les différencier, leur donner tout à la fois ce caractère collectif et spécifique qui briserait la dialectique entre « la solitude et la promiscuité » ? C'est une masse inorganique - déchirée entre les impératifs de la production et ceux de la revendication - qui se précipite vers les loisirs de ce siècle. Elle s'y épuise en vain. Sans doute y a-t-il dans cette contradiction, le fonds du problème et le principe d'une solution.

Selon les modalités actuelles, nos loisirs ressemblent donc beaucoup plus à une fuite en avant, à un refus de la société d'aujourd'hui, de ses normes et de ses structures, qu'à l'une de ses composantes. C'est là encore l'origine d'une interrogation remplie d'inquiétudes sur la réalité de notre progrès et de ses bienfaits. C'est tout le scepticisme qu'exprime la parabole du Petit Prince et du Marchand, de SAINT-EXUPERY, que citait Jean FOURASTIE :
« - Bonjour, dit le Petit Prince.
- Bonjour, dit le Marchand. C'était un marchand de pilules perfectionnées qui apaisent la soif. On en avale une par semaine et l'on n'éprouve plus le besoin de boire.
- Pourquoi vends-tu ça ? dit le Petit Prince...
- C'est une grosse économie de temps, dit le Marchand. Les experts ont fait le calcul. On épargne cinquante-trois minutes par semaine.
- Et que fait-on de ces cinquante-trois minutes ?
- On en fait ce qu'on veut.
- Moi, se dit le Petit Prince, si j'avais cinquante-trois minutes à dépenser je marcherais tout doucement vers une fontaine. »

Comme les conquêtes matérielles de notre société, ses loisirs n'apaisent pas notre soif. Là encore l'avis des experts ne suffit pas. Sans doute y a-t-il donc à ces phénomènes divers et assez semblables, une cause, une commune filiation. Le bilan est lourd, partout dans les pays européens, la même culture uniformisé, la même mode vestimentaire, les mêmes musiques, les souvenirs de voyage en série, la vie de masse...La seule différence entre les êtres vivants, réside déjà dans le numéro attribué à chacun pour payer, contrôler, percevoir, être identifié...

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