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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 23:57

   davos        Il n'y a pas si longtemps, Nicolas Sarkozy se demandait si le Forum économique mondial de Davos servait à quelque chose. Son utilité première est le lobbyisme de haut niveau...

Rendez-vous annuel de tout ce que la mondialisation compte de décideurs politiques, économiques et financiers, le Forum économique de Davos se tiendra pour la quarantième fois, du 27 au 31 janvier, dans la station grisonne. Avec une "première" à l'agenda : c'est Nicolas Sarkozy qui prononcera le discours inaugural.
Jamais auparavant un chef d'État français n'avait fait le déplacement.
Le fondateur et responsable du World Economic Forum (WEF) Klaus Schwab se souvient avec un peu d'amertume de l'épisode manqué de 2005, Jacques Chirac ayant argué cette année là de raisons météorologiques pour éviter des rencontres jugées inopportunes et pour finalement délivrer par vidéoconférence un message assez convenu.

Bien commun

L'image du WEF reste d'ailleurs tellement associée à un capitalisme triomphant que Sarkozy s'est cru obligé de préciser qu'il ne pensait pas « se compromettre » en se rendant à Davos. Une précaution superflue au moment où le capitalisme, ébranlé par les excès du libéralisme, semble en proie au doute. À l'exemple de Klaus Schwab, naguère ardent promoteur d'un capitalisme décomplexé et qui, aujourd'hui, broie du noir. Ce serait même la raison pour laquelle il aurait souhaité la participation du président Sarkozy, qui passe désormais pour être partisan d'une régulation des marchés financiers.
Le thème ambitieux de ce 40e forum s'intitule « Améliorer l'état du monde : repenser, redessiner, reconstruire ». Une formulation qui trahit l'inquiétude du président exécutif du WEF, selon lequel la crise financière et économique risque de déboucher sur une crise sociale. Pour s'en préserver, rien de tel que « l'éthique entrepreneuriale », les entreprises étant invitées, à commencer par leurs actionnaires, à œuvrer au bien commun. Sur cette ligne, Klaus Schwab espère rencontrer, entre autres, un Nicolas Sarkozy qui, dans le prolongement du G20 de Pittsburgh, entend participer à « l'assainissement » du capitalisme, avec notamment un projet de taxation des bonus.

Un homme pressé

On se gardera bien d'évaluer, dans ce retournement, la part de conviction et celle ressortissant à l'opportunisme. En tout cas, l'évolution qui s'est dessinée en peu de temps est frappante. Il y a deux ans, le Premier ministre François Fillon était allé dire à Davos la totale confiance de la France dans l'économie globalisée. Dans un discours résolument libéral, le Premier ministre, adoptant la langue dominante, avait lancé à un parterre dubitatif « France on the move ! » (la France est dans le coup).
Entre-temps, il est vrai, la crise est survenue et a fait pas mal de dégâts. Mais les nouvelles idées de Nicolas Sarkozy n'arrivent-elles pas trop tard ? Et surtout, leur application risquant d'être circonscrite à un nombre limité de pays, on peut douter de leur efficience.
À Copenhague, on a vu le peu de cas que faisaient des puissances comme les États-Unis et la Chine des considérations "éthiques" de la vieille Europe. Certes, Barak Obama envisage également d'imposer une nouvelle taxe sur les grandes banques qui, quatre mois après Pittsburgh, annoncent des profits faramineux, mais ce projet doit encore passer devant le Congrès où la bataille promet d'être chaude ; la perspective des élections de mi-mandat, en novembre prochain, électrise en effet les parlementaires.
Cela étant, Davos n'est pas un lieu de décision, tout au plus d'impulsion, et encore dans les années fastes. Il n'y a pas si longtemps, Nicolas Sarkozy se demandait d'ailleurs si ce forum alpin servait à quelque chose. Son utilité première est le lobbyisme de haut niveau. Ce peut être l'occasion pour le président de la République de "vendre" ses idées sur la régulation financière, afin d'éviter que le secteur bancaire français ne soit trop pénalisé.
Selon son entourage, il ne devrait pas s'attarder à Davos après avoir prononcé son discours. Il n'est donc pas sûr que le chef de l'État prenne le temps de rencontrer le nouveau président de la Confédération pour 2010, en l'occurrence une présidente, Doris Leuthard, qui pourtant souhaite discuter avec lui du contentieux fiscal franco-suisse.

Les altermondialistes réunis à Bâle

Moins arrogant, le capitalisme n'abdique cependant pas ses fondamentaux. À l'instar du World Economic Forum dont le financement reste assuré par un millier d'entreprises membres, pour la plupart des multinationales. C'est dire qu'on ne saurait se satisfaire à Davos de théories plus ou moins fumeuses. C'est bien pourquoi les altermondialistes ne désarment pas. À l'enseigne de L'Autre Davos, ils se réuniront les 29 et 30 janvier à l'université de Bâle, soit à bonne distance des Grisons.
Parmi les intervenants annoncés à ce forum alternatif figurent quelques Français, des représentants de SUD-Rail, de la Confédération paysanne ou encore de la Coordination des sans-papiers de Paris. Moins médiatique car plus sage se tiendra aussi, à Davos même, un Open Forum organisé conjointement par la Fédération des Églises protestantes de Suisse et le WEF.
Quelque 2 500 participants sont attendus au World Economic Forum ; plus de la moitié viennent du monde des affaires et de l'économie, les autres de la politique et de la "société civile". Pour leur éviter tout désagrément, la Confédération déploie de grands moyens, avec l'engagement de 4 000 militaires et la sécurisation de l'espace aérien des Grisons, en collaboration avec l'Autriche voisine.
Dans ce domaine, la continuité est assurée.

Guy C. Menusier AF2000 N°2786

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