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26 mai 2013 7 26 /05 /mai /2013 21:22

   thumb.small.mediapart.jpg     Terrible aveu de Marine Le Pen défendant son lieutenant Florian Philippot dans une interview accordée au site Médiapart.

Le FN en pleines turbulences
mer, 09/01/2013 - 19:23 | Par Marine Turchi - Mediapart.fr

L'épisode est assez important pour que Marine Le Pen décroche son téléphone et réponde point par point à Mediapart, pourtant persona non grata au FN depuis un an (lire notre boîte noire). Depuis lundi, le Front national se divise ouvertement sur l'importance à accorder au débat sur le mariage pour tous et sur la nécessité d'appeler à manifester contre le projet de loi, le 13 janvier. Bien au-delà de cette question, ces turbulences sont révélatrices des divergences sur la stratégie du parti. Elles reflètent aussi la contestation interne grandissante dont fait l'objet Florian Philippot, lieutenant influent de Marine Le Pen.

« Certains essayent de monter l’idée qu’il y aurait des divisions au FN. C’est la vieille antienne de la querelle des anciens contre les modernes. Moi j’ai le sentiment d’un parti très soudé », explique Florian Philippot. Le vice-président du FN nous rappelle aux côtés de Marine Le Pen, qui l'explique longuement : « On voit bien que la presse a tout intérêt à trouver des divisions. Mais il n’y a pas de divisions au sein du FN sur le fond. » « Peut-être sur la stratégie », reconnaît-elle.

Un membre du bureau politique interrogé évoque une « grande cacophonie » au FN. Marine Le Pen préfère parler de « crise de croissance ». « Au début on est à 1 000 % d’accord. Puis le parti s’agrandit et, sur un certain nombre de sujets – c’est le cas aussi sur la peine de mort –, on a des sensibilités différentes (sociales, économiques, identitaires, etc.). Chacun met les priorités dans un ordre et un timing différent. Certains ont du mal à le supporter », explique-t-elle.

Le FN tangue plus que la présidente du FN ne veut bien l'avouer. La question du mariage pour tous en est une illustration. Marine Le Pen s’était dite prête à participer à des manifestations organisées par l'UMP contre la politique du gouvernement. Elle n’a finalement pas appelé son parti à défiler contre le projet de loi, fin novembre. Seuls certains responsables frontistes, comme Bruno Gollnisch et la vice-présidente Marie-Christine Arnautu, ont participé, à titre personnel, à la mobilisation de Civitas.

En amont de la manifestation du 13 janvier, Marine Le Pen met le débat sur la table lors du bureau politique du 7 décembre. Wallerand de Saint-Just, trésorier du FN et catholique, estime que le parti ne doit pas manifester. Un choix justifié, selon plusieurs membres présents, par deux arguments : l’électorat du FN est divisé sur la question, dit-il, sondages à l'appui ; ce thème n'est pas une priorité.

« Il a été étonnant ce jour-là. On pensait qu’il irait à la manif ! », rapporte un membre présent. « Fayot », « menteur », dénonce sur les réseaux sociaux Bruno Larebière, l'ancien rédacteur en chef de Minute, qui l'accuse d'« être aux ordres de Marine Le Pen ». À Mediapart, Wallerand de Saint-Just affirme n'avoir « jamais été opposé à la participation » de son parti à la manif et évoque de simples « réserves » : « Je suis contre le projet de loi, mais je ne vais pas à la manif de dimanche. J’aurais l’impression de manifester contre une partie de la population. C’est un piège tendu par la gauche marxiste. »

Le 7 janvier, nouveau bureau politique. Cette fois, une motion est adoptée. Le parti « appelle » ses « élus, cadres, militants ou sympathisants » qui veulent « exprimer leur opposition à ce projet de loi » à « retrouver sa délégation », à l'un des trois points de départ du cortège, Porte Maillot à Paris. Mais dans la foulée, Marine Le Pen explique à l’AFP que cette motion ne constitue pas un appel à manifester de la part du FN. D’ailleurs, ni la présidente du FN, ni Jean-Marie Le Pen, son président d’honneur (qui y participera « mentalement »), ni Florian Philippot, ne s’y rendront. À l'inverse de Louis Aliot, vice-président et compagnon de Marine Le Pen, Steeve Briois, le secrétaire général du FN, Bruno Gollnisch, les députés Marion Maréchal-Le Pen et Gilbert Collard, et de responsables locaux.

« Les militants ne comprennent plus rien »

Deux stratégies s'opposent clairement. D'un côté, ceux qui, comme Florian Philippot, pensent que le parti n'a pas intérêt à s'engager fortement sur le mariage homosexuel : pour ne pas sembler à la remorque de l'UMP, et parce que les électeurs frontistes « sont 50-50 » sur le sujet. De l'autre, ceux qui veulent « défendre la famille, l'un des piliers traditionnels », résume un membre du bureau politique (Louis Aliot, Bruno Gollnisch, Marie-Christine Arnautu, et de nombreux responsables locaux). Marine Le Pen reconnaît « des analyses différentes sur la place que doit prendre ce débat » : « Certains considèrent que c’est un sujet important et vont aller manifester. D’autres comme moi pensent que c’est un piège tendu par l’UMP et le PS dans lequel il ne faut pas tomber et que ce n’est pas un sujet prioritaire quand il y a dix millions de chômeurs. »

Au FN, ce grand flou déplaît autant qu’il inquiète. « Notre position n’est pas claire », se plaint un cadre dirigeant qui affirme n'être « pas le seul à éprouver ce malaise ». « Je regrette que Marine Le Pen ne soit pas des nôtres. Le mouvement a toujours été contre, ne pas aller manifester est incompréhensible. Cela veut dire qu’on n'a pas de colonne vertébrale ? »

Un autre cadre frontiste se lamente : « On a fait une erreur, on aurait dû prendre une décision ferme et claire : oui ou non. Les militants ne comprennent plus rien : j'ai reçu des coups de fils, ils demandent s’ils doivent y aller, qui sera présent. On aurait dû tous aller à la manifestation, cela aurait montré notre mobilisation contre le gouvernement. Là, on va se retrouver avec Bruno Gollnisch... »

Membre du bureau politique, conseiller régional de Lorraine, et militant de longue date du FN, Thierry Gourlot explique avoir compris « que le FN appelait à manifester » et ira manifester : « Pour moi, ce n'est pas “faire du sociétal”, c'est défendre la famille. » Conseiller au dialogue social de Marine Le Pen, Fabien Engelmann explique avoir « hésité ». Après nous avoir répondu qu'il « n’ira pas à la manifestation » car il a « d’autres priorités » et que « Marine Le Pen n’y va pas », il rappelle le lendemain pour dire qu'il sera finalement présent « parce que c'est important ». Bruno Gollnisch, lui, estime que le bureau politique a été « unanime » et que la motion est « très claire », quand Florian Philippot considère qu'elle « laisse la liberté totale » aux membres du FN « d'y aller ou pas ».

Ces divisions ont été exacerbées par l'offensive du journal d’extrême droite Minute, qui défend l'union des droites et de l'extrême droite. Interdit de congrès FN en 2011, l'hebdomadaire tire à boulets rouges sur Marine Le Pen depuis son arrivée à la tête du parti. Dans ses deux derniers numéros, il cible violemment Florian Philippot et donne la parole à ses détracteurs. Dans celui du 2 janvier, il est question d'« un lobby gay » qui se serait introduit dans « la haute hiérarchie frontiste » et influencerait Marine Le Pen.

L'article a été médiatisé au point de susciter une réplique de la présidente du FN et ses lieutenants. Dans Le Républicain lorrain, Florian Philippot dénonce « des analyses dignes des complotistes d'extrême droite de l'entre-deux-guerres. Pendant l'entre-deux-guerres, on ne disait pas gay, on disait juif, mais c'est du même niveau ». Wallerand de Saint-Just reprend la comparaison sur son compte Facebook :

« Minute est un agent de l'UMP, ils attendent notre chute », explique le trésorier du FN. « Ce sont des papiers dégueuli-poubelles, juge Marine Le Pen. Ce n'est pas nouveau. Minute s’est positionné comme un adversaire personnel pendant la campagne interne de 2010. C’est une vieille lutte de l’extrême droite contre moi. On m'a reproché d’être une démonstration de la décadence parce que je portais des jeans (il s’agit de Rivarol - ndlr), on a traité mon entourage de “cage aux folles” (il s’agit d’Alain Soral - ndlr). Aujourd'hui ils s'en prennent à Florian Philippot. Quand on essaye d’affaiblir le chef, on cible les lieutenants. »

La dirigeante du FN veut y voir la main de l'UMP (« Minute est un des instruments de l’UMP »), et accuse Bruno Larebière, l'ancien rédacteur en chef de l'hebdomadaire, qui a pris parti pour Nicolas Sarkozy en 2012, de piloter l'offensive. « Il a été directeur de campagne de Frédéric Nihous en 2009 (son conseiller communication en réalité - ndlr), il travaille pour l’UMP depuis longtemps ! » dit-elle, expliquant qu'elle est par ailleurs « en train de prendre des renseignements sur l’auteur de l’article » qui serait « extrêmement proche de l’UMP ». Contacté, Bruno Larebière, reconverti dans le conseil en communication, explique qu'il « livre des informations et des analyses sur le FN » au journal, mais « n'est membre d'aucun parti » et n'a « plus de clients politiques » aujourd'hui.

« Il ne faut pas le critiquer devant Marine Le Pen »

Au-delà de la question du mariage pour tous et des attaques de Minute, Marine Le Pen doit aussi faire face à une contestation grandissante de son lieutenant Florian Philippot. Ils sont nombreux, au “Carré”, le siège du FN, à se plaindre de l’influence croissante de l'ancien chevènementiste, arrivé au FN en octobre 2011.

Un cadre dirigeant voit la main du jeune vice-président dans plusieurs décisions : « Pour la manif, Marine Le Pen a suivi la stratégie électoraliste de Florian Philippot. Le départ définitif de Laurent Ozon (ex-conseiller “environnement” de Marine Le Pen - ndlr) du FN, c'est à cause de lui. Les tweets (qualifiant des chercheurs d’« extrême droite » après que ceux-ci ont expliqué que le FN était encore un parti « d’extrême droite » – lire notre article - ndlr), c'était son idée. Je n'étais pas d'accord, on doit accepter la contradiction. Et sa comparaison du lobby gay avec le lobby juif, franchement, ça me gêne. Mais il ne faut pas le critiquer devant Marine Le Pen, elle le défend. »

Les reproches se répètent dans la bouche de plusieurs cadres : « ambition démesurée », « ultra-individualiste », « renfermé sur lui-même », « il fuit les discussions », « il quitte les réunions pour aller dans les médias », « il essaye de faire rentrer ses amis : Charlotte Soula (nouvelle directrice de cabinet de Marine Le Pen - ndlr), et son assistant ».

« Pour quelqu’un qui est au FN depuis treize mois, il accapare la place médiatique. On ne bouscule pas une maison de 40 ans comme ça ! estime un autre responsable frontiste. Il ne communique pas avec le reste du parti. Il a été propulsé en Moselle, il a eu des problèmes avec les militants locaux. Il est énarque, il se déplace avec un assistant et se fait véhiculer car ils n'ont pas le permis de conduire, il est un peu hautain : ça ne passe pas. » Bruno Gollnisch l’exprime lui avec des pincettes : « Le ralliement de Florian Philippot est précieux. Mais il prend assez peu la parole lors de nos réunions. Il gagnerait à exprimer sa sensibilité dans nos instances, pour créer un débat. »

L'entendre rappeler dans le Journal du Dimanche qu'« à son arrivée le FN était à 5 % dans les sondages » a fait grincer des dents au FN. « Cela a renforcé son côté mégalo et arrogant », déplore un responsable frontiste. « Il nous a fait un peu de pub, mais les gens ne sont pas venus au FN pour lui. Il devrait être plus humble car il va se mettre tout le parti à dos », prévient un autre, en rapportant que certains responsables du FN « râlent de ne plus aller dans les médias ». La permanence qu'il a obtenue à Forbach (Moselle) en a aussi agacé plus d'un.

Mais c'est surtout sa « ligne » politique qui est contestée au sein du parti. « Ses idées sur “l'État stratège” me plaisent. Mais il oublie le danger islamiste, ce n’est pas sa tasse de thé. Les militants le déplorent », explique l’un. « Un FN trop light ne m’intéresse pas. Je veux un discours assez ferme sur l’immigration. Lui ne parle que d’économie et de retour au franc. Cela nous a coûté des voix pendant les élections », se plaint un autre. L’affichage de son gaullisme – il est allé fleurir la tombe du Général à Colombey – passe mal auprès d’une partie du FN, fondé par des partisans de l'Algérie française qui détestaient de Gaulle. D'autant que Marine Le Pen s'est elle-même mise à vanter la vision de De Gaulle pendant la campagne présidentielle (exemple ici).

« C’est la vie d’une communauté humaine, tout le monde n’est pas l’ami de tout le monde », se contente de répondre Florian Philippot. Lui se voit comme « un cadre dirigeant, comme il y en a d’autres » et assure : « Je travaille au quotidien avec Marine Le Pen, mais aussi avec tout le monde. J’ai fait 46 % aux législatives. Je retourne en Moselle toutes les deux semaines. Mon agenda est rempli de déplacements dans les fédérations, l'accueil y est très bon. Le plus important, c’est le peuple militant. »

Marine Le Pen défend son bras droit et dénonce « les aigreurs de quelques dirigeants ». « Le problème de Florian Philippot, c’est qu’il a rapidement eu un poste important et qu’il suscite des jalousies. J’ai vécu la même chose en 2002. Mais ses galons, il les a gagnés lui-même, sur les plateaux de télé, comme moi », dit-elle.

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