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23 juillet 2014 3 23 /07 /juillet /2014 00:32

Article rédigé par Sylviane Agacinski DANS OUEST FRANCE.

 

 thumb.small.beb5a1963.jpg Dans une Lettre ouverte publiée par Ouest France, la philosophe appelle le Président de la République à ne pas céder aux tentatives détournées de légaliser la pratique des mères porteuses à l’étranger. Si tous les enfants doivent être protégés, il n’est nullement nécessaire de reconnaître leur filiation si celle-ci est frauduleuse, au risque de banaliser la commercialisation du corps humain. [Ouest France, 07/07/14] — La propagande en faveur de la légalisation de la pratique des « mères porteuses » a récemment changé de stratégie : faute d'être recevable sur le fond, elle prend des chemins détournés. Ainsi, les partisans de la « gestation pour autrui », formule soft qui occulte l'accouchement et les liens biologiques entre la mère et l'enfant qu'elle porte, réclament la transcription dans l'état civil français des filiations établies à l'étranger entre des « parents d'intention » et les enfants nés d'une mère porteuse. Or, il est clair que ceci reviendrait ipso facto à légitimer les « gestations pour autrui » pratiquées hors de nos frontières. Elle inciterait les couples à recourir à cette pratique et nourrirait l'industrie procréative là où elle existe. La France s'inclinerait, à l'avenir, devant le fait accompli, quelles que soient les conditions dans lesquelles les femmes auront été exploitées ailleurs ! Et la voie vers une légalisation de la pratique des mères porteuses serait ouverte. Ceux qui militent en faveur de cette pratique se sont tournés vers la Cour européenne des droits de l'homme. Or, dans son arrêt du 26 juin 2014, la Cour n'a pas contesté à la France son droit à interdire la « gestation pour autrui », mais elle lui a demandé d'assurer aux enfants nés de mères porteuses une « vie sociale satisfaisante », ce qui semble en effet souhaitable. Pourquoi j'en appelle au président de la République Mais il n'est nullement nécessaire, pour autant, de transcrire la filiation sur l'état civil. Les adultes qui élèvent un enfant né d'un contrat illicite de mère porteuse pourraient, par exemple, être déclarés « tuteurs » de l'enfant. Cette solution éviterait d'abdiquer devant la commercialisation du corps humain et d'établir juridiquement une filiation frauduleuse au regard du droit français. Le droit sépare les personnes et les choses : les choses peuvent s'échanger, elles peuvent être données ou vendues, mais non pas les personnes. On ne peut donc pas louer le corps d'une femme pour en faire un instrument de production d'enfant. Et l'enfant lui-même, qui est une personne dès sa naissance, ne peut être ni donné ni vendu. Son intérêt supérieur, comme être humain, n'est certainement pas de devenir une chose commandée et produite au moyen de cellules et de corps anonymes. On le sait, le président de la République a adopté une position très claire contre toute forme de légalisation des mères porteuses en France : c'est pourquoi nous nous tournons aujourd'hui vers lui, dans une Lettre ouverte qui peut être signée par tous (à l'appel du Collectif pour le respect de la personne), afin qu'il se montre inflexible face aux groupes de pression qui, par des moyens détournés, nient les droits fondamentaux de la personne. 
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