Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
3 décembre 2013 2 03 /12 /décembre /2013 18:36

    barondestcastin1881_small.jpg     « Mila Diu ! y a qué lous Gascoun per fa aco ! » (Mille Dieu ! Il n’y a que les Gascons pour faire cela)
Imaginons un Mousquetaire, aventurier béarnais, indomptable et fin bretteur, plaisant aux femmes, coureur des bois, se baignant dans l’eau glacé stupéfiant les indiens…Il est fait prisonnier par des pirates Hollandais, torturé, il s’échappe et se réfugie chez les indiens. Il  se marie avec la fille d’un chef Abénaquis et devient lui-même chef de la tribu. Il terrorise les comptoirs britanniques et maintient sur son territoire acadien une pression constante contre toute intrusion anglaise durant 30 ans.



SITUATION et GEOSTRATEGIE

        Les puritains de Boston sont les adeptes rigoristes de la chasse aux sorcières comme ce sera le cas pour les terribles exactions de Salem en 1692.Le résultat en sera plusieurs dizaines de torturés, 19 pendaisons et la lapidation de Giles Corey façon Bible. Le fait d’être considéré dans cette « Nouvelle Jérusalem » comme Catholique valait le procès de sorcellerie. Cela laisse imaginer le climat. Les amérindiens sont des sous-hommes et les catholiques des démons, imaginez le Baron de St Castin, catholique et marié à une Amérindienne…Ecoutons l’auteur d’ « Acadie » :

        «Selon les Apôtres de la Nouvelle-Jérusalem , les indigènes de l’Amérique appartenaient à une race maudite. Le Diable en personne les avaient conduits dans ce continent lointain afin d’assurer sur eux sa domination. Jésus –Christ n’avait pas prêché pour eux puisqu’ils étaient ignorés de l’humanité de son temps. Ils ne relevaient pas du domaine du Seigneur, mais de celui du Démon. Cette théorie des puritains les avaient autorisés à anéantir les Indiens. Leurs principes spirituels s’accordaient ainsi à leurs intérêts matériels. La destruction des indigènes permettait de s’assurer «en toute bonne foi » la propriété de leurs terres. Les Anglo-Saxons pratiquèrent « au nom de Dieu » le génocide des Indiens. Un proverbe fort répandu en Nouvelle-Angleterre n’était-il pas : « Il n’est de bon Indien qu’un Indien mort » ? Résultat de cette extermination, menée avec tout le sérieux propre au génie britannique : des cinq ou six millions d’indigènes qui vivaient au début du XVIIème siècle sur le territoire actuel des Etats-Unis, il n’en subsiste plus que 300000 de nos jours. » Les Iroquois, alliés d’un instant contre les Français seront, après la défaite de ceux-ci, éliminés à leur tour, en « remerciement » en 1768 !

        La politique Française sera celle de la propagation de la foi catholique à travers les conversions. En témoin la consigne de Richelieu inscrite dans « la charte de la Compagnie des Cent Associés » disant : « Les descendants des Français qui s’habitueront au dit pays(le canada), ensemble les sauvages qui seront amenés à la connaissance de la Foi , et en feront à leur mieux profession, seront censés et réputés naturels Français. S’ils viennent en France, jouiront des mêmes privilèges que ceux qui y sont nés»
L’auteur rappel : « Paroles extraordinaires si l’on songe aux massacres épouvantables d’indigènes qui se perpétraient à la même époque dans les colonies espagnols et anglaises d’Amérique» Qui se souvient du gouverneur Frontenac renouvelant les accords avec les tribus, lever le Tomahawk et entonner danse et chant de guerre, repris par l’assistance composé de Français et d’Indiens qui dansent et chantent ensemble. Cette guerre est aussi une guerre religieuse de survie que mènent les franco-amérindiens contre les puritains de Boston. Voulant les exterminer. Le rapport de force en Amérique du nord est de 7000 français contre 200 000 anglais, 1 contre 20. "Les descendants des François qui s'habitueront audict pays, ensemble les sauvaignes qui seront ammenés à la connoissance de la Foy et en feront à leur mieux profession, seront censés et réputés naturels François.S'ils viennent en France, jouiront des mesmes privilèges que ceulx qui y sont nés"(Richelieu, Compagnie des Cent-Associés)."


ARAMIS et GASTON de FOIX

         St Castin n’est pas du genre à être impressionné, il a dans les veines le sang de Gaston de Foix et d’Aramis, le célèbre mousquetaire. A 13 ans, entré dans le régiment de Carignan.Il est avec son régiment en 1665, embarqué de France par Louis XIV pour mettre fin aux exactions des Iroquois aux ordres des Anglais.Il a perdu sa mère quelques mois après sa naissance ainsi que son père 10 ans après De retour de France sur le St Sébastien, il reprend possession à bord d’un canot du fort Pentagouet, abandonné par les Anglais avec le traité de Breda en 1667.Nous sommes le 17 Juillet 1670, quand ils arrivent, le capitaine Grandfontaine, le lieutenant Soulanges et l’enseigne d’Abbadie de St Castin qui a 18 ans, 50 hommes et 6 canons dans l’immensité de l’Acadie. Il suivait les conseils du gouverneur Frontenac : « Engager les Abénaquis…de se mettre au service du roy de France » car ceux-ci étaient considérés comme : « des troupes ardentes, étonnament mobiles, merveilleusement adaptées à la guerre d’escarmouches, fort redoutées des Anglais ».

       St Castin devait être ce que l’on nomma un «capitaine sauvage» auprès des tribus, sorte de conseiller technique et militaire.« …il vint, vers 1670, de Québec, à travers forêts et montagnes, s’établir au milieu des rochers de Pentagoet en Acadie ; il y construisit un fort et épousa la fille d’un chef abénaquis.Il était brave, d’une force remarquable, adroit aux exercices du corps, doué d’un grand esprit d’entreprise et fertile en ressources. Il mena, parmi ces sauvages qu’il avait séduits par son courage et son entrain, une vie de chasses et de combats, d’embuscades et de pillage qui plaisait à son caractère et le rendait l’idole de ses compagnons d’armes. Sa réputation se répandit rapidement dans toute l’Acadie ; à son appel les sauvages prenaient les armes et venaient le rejoindre au fort de Pentagoet pour courir sus aux Anglais » ( La Nouvelle France )

.Il tombe amoureux de l’immensité forestière de ce nouveau continent ainsi que de la jolie fille du Sagamo ou chef Madokawando nommée Pidianske (Marie Mathilde au baptême), qu’il épousa en 1678.

Le long travail des missionnaires avait porté ses fruits. Le chef de tribu était élu à vie et Madokawando en particulier, rayonnait au-delà de la tribu des Pentagouet sur les autres Abénaquis , Sokokis et Canibas.Il était considéré comme souverain ou Bashaba sur les autres.chrétiens et donnant l’exemple, avisé et prudent, ce qui marqua Jean Vincent et donna naissance à une mutuelle amitié. Le béarnais s’était marié à sa fille selon le rite abénaquis et religieusement en 1684, au lieu de profiter de l’héritage de sa Maison auquel il était devenu héritier par le décès prématuré de son frère et profiter d’un mariage avantageux dans une alliance familiale de sa province : « la jeune baronne était très jolie, c’était sa réputation, et les Abénaquis sont une belle race, d’une taille au dessus de la moyenne, ils sont bien proportionnés et ont des visages plaisants aux traits réguliers. » Ecoutons Longfellow (1), le poète américain parlant d’elle :

       « Une forme de beauté indéfinie,
Un charme sans nom,
Non de degré, mais plutôt de nature,
Ni effrontée, ni timide, ni petite, ni grande
Mais un mélange inédit de tout cela ;
Oui, belle au-delà de tout croyance.»

        Jean Vincent scelle son destin en terre d’Acadie sous une tente d’indien. On pourrait comme pour Pocahontas faire un film, tout y est.


BARON SAUVAGE

       « Car il ne faut pas oublier que de tous les étrangers qui ont abordé ou aborderont en Amérique, les Français sont les seuls à y avoir été invités par les autochtones » Jean Marc Soyez (spécial Canada, Historama, Juin 1984) St Castin ne pouvait compter avec ses miliciens et soldats Français d’Acadie que sur une soixantaine d’hommes, alors qu’il pouvait lever 2000 guerriers. Il vécu plus de 30 ans parmi eux, adopté puis adoptant leur mœurs et coutumes sans quitter sa spécificité d’officier Français. Son repaire était situé à la rivière Pentagouet, dont la tribu d’Abénaquis avait le nom et s’appelant Castine aujourd’hui. Une vie d’aventure l’attend, véritable seigneur de guerre, adulé des indiens, l’ayant choisi pour chef. Trente ans pendant lesquelles, les britanniques piétineront aux portes de l’Etat actuel du Maine. L’influence, les guerres d’embuscades et la pression menée par Saint Castin et ses abénaquis contiendront dans ses régions toute incursion anglaise. La stupéfaction des britanniques devant la stratégie déployé et la discipline des troupes amérindiennes aux ordres de St Castin, fera germer dans leurs cerveaux maints complots et fourberies à son encontre. Toutes les ruses furent employées contre ce français tenace et incorruptible, mais rien n’y fit. Il observe avec ses guerriers, les britanniques s’enfoncer dans les épaisses forêts et attend patiemment le lieu de l’embuscade ou le bon moment pour surgir. Il attaque à revers, sème la panique et le trouble chez les godons (anglais) et par des coups de main rapide, par surprise, imprévisibles, d’une hardiesse extrême, se jette sur eux. La bravoure et le panache sont de mise et la victoire est au rendez-vous.Imaginez notre baron discuter stratégie avec le chef Madokawando son beau père, son second Mugg (2) et son adjoint Moxous avec le fidèle et puissant allié Squando (région de Casco).Les anglais tentèrent tout pour le discréditer, l’acheter et firent même une « propagande » calomnieuse, tellement il était craint.

         Durant la « guerre du roi Guillaume ou guerre de Saint Castin » (1678-1689), les villes britanniques subirent  les attaques fulgurantes et efficaces de Saint Castin.Le cousin d’Aramis déjoue une tentative d’assassinat à son encontre. Il prête main forte à d’Iberville lors de l’attaque victorieuse du fort de Pemaquid.
Il sera de retour en France en 1702, laissant son fils aîné sur place, afin de régler des affaires d’héritage qui traîneront jusqu’à sa mort à Pau en 1707…
Quelle vie d’aventure passionnante, qui attend son producteur de cinéma !!!
N’oublions pas…


Frédéric WINKLER

Partager cet article
Repost0

commentaires