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29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 21:56

   rousseauh.jpg     La loi ne peut évidemment jamais être l'expression de la "volonté générale", parce que cette volonté n'existe pas. Il n'y a que des volontés plus ou moins majoritaires. Et encore ce ne sont pas des volontés au sens propre du terme, mais plutôt des pulsions sociologiques, largement télécommandées par les médias et les groupes d'influence. Ces pulsions sont comme les vagues de l'océan; elles sont essentiellement mouvantes, totalement incapables de construire un projet de société ou de déceler le bien commun. Dès lors, la loi n'est jamais l'expression de la volonté générale.

La loi est l'expression du Pouvoir. L'erreur gravissime de la Révolution Française et de toute la construction "démocratique" est de ne pas l'avoir vu. Sans doute est-ce pour une large part la responsabilité de Jean-Jacques Rousseau, le "Grand Sophiste" comme l'appelait Voltaire, qui était capable de faire prendre des vessies pour les lanternes....

Rousseau est le Karl-Marx de la démocratie. Il a un talent littéraire et une grande culture, mais il se fourvoie lamentablement dans son analyse des faits sociaux. Lui même misanthrope et asocial il se méprend sur la nature humaine et se place dans un passé idéalisé (Sparte, Rome). Sa théorie du "contrat social" est tellement artificielle qu'elle en est risible. Et pourtant c'est le dogme qui fonde la société moderne ! Incroyable ! Jamais dans l'histoire de l'humanité on n'aura vu une civilisation faire fausse route à ce point ! Parti sur des bases erronées "ab initio", le mouvement démocratique devait donc dès le départ aboutir à des résultats aberrants et imprévisible. C'est comme une erreur de cap en matière de navigation...

En ce domaine comme en d'autres les questions essentielles ont été totalement perdues de vue ce qui explique la suite de crises, de guerres et de révolution qui ont conduit la France et l'Europe dans l'état pitoyable où elles se trouvent désormais. Dès lors que la loi est l'expression du Pouvoir, il est capital de chercher où est le pouvoir légitime. Or le pouvoir légitime n'est pas forcément le pouvoir majoritaire. Il faut également tenir compte de la compétence et aussi de la tradition. La compétence consacrée au bien commun est la première légitimité politique, Aristote le disait déjà. Mais la tradition est importante aussi parce qu'elle est enracinée dans l'identité d'une nation, dans son histoire, et qu'elle constitue le cadre des libertés. Le pouvoir légitime est donc celui qui est au carrefour de la compétence, de la majorité et de la tradition.

De ce point de vue la monarchie correspond assez bien à cet équilibre: la Reine d'Angleterre, le Roi Mohamed VI sont légitimes. On rétorquera qu'en Angleterre le pouvoir est concrètement détenu par le premier ministre élu démocratiquement, mais la Reine a un pouvoir d'influence indirect et la société anglaise reste imprégnée du respect de la tradition et de l'exigence de la compétence. La démocratie directe suisse est également un pouvoir légitime dans la mesure où elle permet à des associations de citoyens, de communes et de cantons de s'autogérer efficacement. Le système est-il transposable ailleurs? Oui mais sous certaines conditions. Je vous renvoie sur ce point aux travaux d'Yvan Blot. Reste que le principal problème de la Suisse réside dans l'absence de "leadership" politique, l'absence d'une autorité arbitrale au-dessus des partis et des simples citoyens. En effet le Conseil Fédéral qui est l'exécutif collégial de la Suisse est une institution excessivement faible et influençable. Le Conseil Fédéral est un organe certes consensuel, mais impotent et incapables d'aborder une situation de crise; n'oublions pas que la Suisse est un pays neutre. Les suisses le savent bien. Ils appellent avec dérision les conseillers fédéraux "les Sept Nains". La limite du modèle suisse est donc de n'être QUE démocratique. Et au-delà d'une certaine limite la démocratie conduit à l'impuissance.

Quoi qu'il en soit, en dépit de toutes ces vicissitudes historiques et ces imperfections, les contours du Pouvoir Légitime se dessinent assez bien. C'est un régime mixte, fondé sur la triple alliance de la tradition, de la compétence et de l'élection. C'est un régime fondé sur le respect de sa propre identité: on est français et européen, pas "citoyen du monde" c'est à dire de nulle part. C'est un régime fondé sur une conception patrimoniale à long terme et non sur une idée de gestion à court terme qui cherche simplement à maximiser le profit. C'est un régime qui est plus soucieux de liberté que d'égalité. C'est un régime qui fait appel à la fois à la participation populaire et à l'autorité aristocratique...

Le problème est qu'il est bizarrement rigoureusement l'inverse même du pouvoir qui est en place en France ! Ainsi la notion "d'aristocratie" (au sens philosophique comme au sens sociologique) est honnie par l'oligarchie au pouvoir. Sans doute cette dernière aimerait-elle la déclarer "hors la loi" et gageons que bien des oligarques fous (ils sont légion) rêvent secrètement d'une loi "Gayssot" ou "Taubira" qui viendrait un jour prohiber sous peine de sévères sanctions pénales tout trace "d'aristocratie" et d'élévation individuelle...

Il est vrai que la fiscalité confiscatoire, la corruption des élites, le surendettement et l'immigration illimitée auront bien avant fait fuir tout ce qui restait d'aristocratie dans le pays... Bref, loin de chercher à corriger les erreurs, à reconstruire durablement l'Etat et la société, à susciter des talents nouveaux, à sortir la Nation de l'ornière et à préparer la renaissance de l'Europe, les Etats démocratiques de notre continent et en particulier la République Française, se vautrent dans la fange, l'incompétence, la corruption, les contre-vérités, les faux semblants, la démagogies, le culte de l'erreur, le règne de la force et de l'argent. Bref, ce que Charles Maurras appelait "le triomphe du pire". Il faut croire que tout cela ne durera pas éternellement. Des craquements sinistres se font entendre. La descente aux enfers parait s'accélérer...

Mais doit-on attendre le désastre et la dévastation au risque d'être pris nous-mêmes sous les décombres...?

Yves Le Borgne

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