Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 21:54

 thumb.small.images344.jpg      Certains laboratoires pharmaceutiques n'ont pas perdu d'argent...eux...

La campagne de prévention contre la grippe A/H1N1 a dépassé les 660 millions d'euros, soit plus de 110 euros par personne vaccinée, un coût "excessivement élevé", juge la Cour des comptes qui, dans son rapport publié jeudi, déplore de mauvaises négociations avec les laboratoires pharmaceutiques et une organisation dispendieuse de la campagne de vaccination.

La Cour chiffre cette campagne à 662,6 millions d'euros, dont 382,7 millions pour les vaccins. Or, seulement 5,9 millions de doses ont été effectivement utilisées et 20 millions d'autres sont en train de se périmer. "Leur coût unitaire ressort en définitive à 61 euros hors taxes, pour un prix moyen de la dose livrée de 7,2 euros hors taxes".

Les Français ont été très réticents à se faire vacciner, rappelle la Cour. Moins de 5,4 millions d'entre eux se sont fait immuniser (certains ont reçu deux doses), ce qui représente à peine 8,5% de la population.

La Cour ne reproche pas au gouvernement d'avoir commandé 94 millions de doses pour 65 millions d'habitants. Les autres pays qui en avaient les moyens ont adopté des stratégies de précaution similaires, "bien que moins ambitieuses".

Elle estime en revanche que les contrats d'acquisition de vaccins ont été "mal négociés".

En juillet et août 2009, l'Etat a commandé 28 millions de doses à Sanofi-Pasteur et 16 millions à Novartis (par des avenants aux contrats passés avec ces deux laboratoires en 2005 contre la grippe aviaire), ainsi que 50 millions à GSK (GlaxoSmithKline).

Comme Matignon avait fixé dès début juillet un objectif de quantité de vaccins à acheter, les pouvoirs publics se sont placés dans une "position défavorable de négociation", une "position de dépendance vis-à-vis des fournisseurs", note le rapport.

Le gouvernement n'a pas fait valoir les économies d'échelle liées aux grandes quantités commandées, acceptant de payer (par dose, hors taxes) 6,25 euros à Sanofi-Pasteur, 9,34 euros à Novartis et 7e euros à GSK.

Par ailleurs, l'Etat a signé des contrats n'incluant aucune clause prévoyant les conditions dans lesquelles une partie de ces commandes fermes pouvait être annulée. Pourtant, "des dispositions de ce type figurent dans les contrats conclus par plusieurs pays étrangers (Espagne notamment)", relève la Cour.

En outre, "les producteurs ont obtenu de ne prendre aucun engagement sur les délais de livraison, les contrats ne faisant apparaître que des calendriers purement indicatifs et ne comportant aucune pénalité de retard".

Enfin, les pouvoirs publics n'ont émis "aucune exigence" concernant le mode de conditionnement des vaccins. Les laboratoires les ont ainsi livrés essentiellement en multidoses, ce qui a causé un "important gaspillage", même dans les centres de vaccination.

En novembre 2009, il a été établi que seule une dose par personne était nécessaire, et non deux. En janvier 2010, la France a dénoncé unilatéralement une partie de ses contrats, indemnisant ses trois fournisseurs à 16% de la valeur des commandes annulées, soit 48,5 millions d'euros. Cela a tout de même "permis d'économiser 329,3 millions d'euros toutes taxes comprises par rapport aux contrats initiaux", reconnaît la Cour.

Sur l'organisation concrète de la prévention, elle considère que "la stratégie de vaccination s'est appuyée trop exclusivement sur des centres ad hoc", alors même que de nombreux hôpitaux auraient pu être mobilisés.

La Cour juge le système des bons de vaccination "trop sophistiqué" et "peu efficace". Des bons ont été acheminés, en retard, en double, ou pas du tout.

Elle dénonce également un "gaspillage de ressources humaines" dans les 1.168 centres de vaccination où la campagne générale (qui ne ciblait pas les publics spécifiques) s'est déroulée du 12 novembre 2009 au 30 janvier 2010. Chaque jour étaient mobilisés 25.000 infirmiers et 8.000 médecins. Or les centres étaient peu fréquentés en début et en fin de campagne vaccinale, alors que pendant trois semaines à partir de fin novembre ils ont connu une telle affluence que de "longues files d'attente" sont apparues.

A ce titre, la Cour évoque une "disproportion majeure" des moyens déployés: des chaînes de vaccination ont fonctionné "à vide" en mobilisant du personnel "inutilement". Si les centres avaient tourné à plein régime, chaque acte de vaccination (hors achat du vaccin) aurait coûté 5,5 euros. En réalité, chaque injection est revenue à 41,7 euros (hors coût du vaccin).

Sur les 94 millions de doses de vaccins initialement commandées, 50 millions de doses ont été annulées, 12,4 millions ont été vendues à l'étranger (au Qatar, notamment) ou données à l'OMS (Organisation mondiale de la santé), 5,9 millions ont été utilisées en France, plus de 2 millions ont été "gaspillées ou perdues" et 700.000 étaient "inutilisables". Reste un stock de 20 millions de doses qui arriveront à expiration d'ici novembre 2011. AP

Partager cet article
Repost0

commentaires