Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 00:08

  thumb.small.images47       Jeanne Smits interviewe Bruno Gollnisch dans "Présent" de ce jour.

— Lors d’une interview sur Radio Courtoisie, je vous avais demandé quelle était la première mesure que vous prendriez si vous deveniez chef de l’Etat, et vous m’aviez répondu en substance : Sortir de l’Europe pour regagner l’indépendance et la souveraineté de la France – le préalable indispensable pour faire autre chose. Imaginons une France absolument libre de faire ce qu’elle veut en ce qui concerne le respect de la vie : quelle serait votre première mesure à cet égard ?

— J’envisageais, certes, cette sortie de l’Europe, mais s’il s’avérait que toute renégociation fût impossible. Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. L’Union européenne est dans une évolution détestable vers un Etat euro-mondialiste, mais il me paraît concevable de faire autre chose en matière de coopérations européennes utiles. Et bien sûr, si l’on ne peut pas le faire dans le cadre actuel, alors il en faut un autre.

S’agissant du respect de la vie, il faut une grande politique d’accueil de la vie : il faut que les femmes que l’on nous dit en situation de difficulté ou de détresse se voient proposer d’autres solutions que l’élimination de l’enfant qu’elles portent. Il faut organiser des parrainages familiaux, faciliter au besoin l’adoption, résoudre les problèmes de logement des jeunes ménages et des familles en cours d’agrandissement.

 

         Poser clairement le principe : avorter, c’est tuer. C’est supprimer une vie. A partir de là, la politique est non seulement l’art du possible, mais l’art de rendre possible ce qui est nécessaire. Selon quelles modalités ? La loi actuelle, la loi Veil, a fait la preuve de son échec de l’avis à peu près unanime des commentateurs, puisque non seulement cette loi, faite soi-disant pour des cas de détresse extrême, se traduit par un très grand nombre d’avortements par an, mais qu’elle n’a pas non plus abouti, de l’avis des spécialistes, à une diminution du nombre des avortements clandestins qui avaient lieu précédemment. Il me paraît donc évident qu’il faut faire autre chose.

J’ai dit qu’il ne me paraissait ni possible ni souhaitable de revenir à un état du droit antérieur dans lequel des femmes seules se trouvaient devant des tribunaux pénaux pour rendre compte d’un avortement qu’elles avaient subi ou provoqué, dans des procès tels que celui de Bobigny – qui a été très largement une provocation médiatique, politique et judiciaire. Je pense qu’il faudra procéder de plusieurs façons. Poser, déjà, le principe que l’Etat ne doit pas organiser l’élimination des enfants à naître dans ses propres hôpitaux.

 

— Connaissez-vous un travail qui avait été fait par le Centre Charlier, une Loi pour la vie, qui proposait la repénalisation de l’avortement, sauf pour les mères, en posant que les mères sont les deuxièmes victimes de cet acte ? Pensez-vous que l’on puisse aboutir à un état où, les mères étant aidées à accueillir la vie, l’on poursuivrait ceux qui font ce que vous avez dit au début : tuer un enfant, sans les mettre, elles, en prison ?

— Je pense que c’est une piste, bien sûr ! Mais je ne peux pas me prononcer à ce stade de façon détaillée sur les modalités que recouvrirait la législation. Il faut reposer ce principe au centre de notre droit, qui était formulé, dès avant la christianisation de l’Europe, par les anciens Romains : l’enfant conçu est tenu pour né toutes les fois qu’il y a intérêt. Evidemment, le premier de ces intérêts, c’est la conservation de la vie.

— Pensez-vous que le fait de se prononcer aussi clairement sur l’avortement vous fait briser un tabou ? Vous en êtes conscient, je pense, lorsque vous affirmez que l’avortement tue : c’est quelque chose qu’on ne dit plus. Pensez-vous que cela fait du tort sur le plan de ce que l’on pourrait appeler l’avancement politique ? Et est-ce un tort qu’il faut savoir accepter ?

— Bien sûr ! Sur le plan de la rentabilité immédiate en termes de voix ou de suffrages, je ne suis pas sûr que cela soit porteur puisqu’il y a eu un travail considérable de propagande, principalement dans les esprits des peuples occidentaux, pour les habituer à considérer que l’avortement est un droit, inaliénable, presque fondamental. Et que toute contestation en est criminelle. C’est un travail de propagande qui a été fait quotidiennement, contrairement, d’ailleurs, à ce qui avait été promis à l’époque de la promulgation de la loi Veil, même si nous savions très bien que ces verrous étaient parfaitement factices.

Deuxièmement, il y a dans une autre très large frange de la population une résignation à la situation actuelle. Mais je pense qu’inversement, il y a en ce moment dans nos sociétés un mouvement en profondeur qui consiste à redécouvrir le sens de la vie, le respect et l’accueil de la vie – et c’est un mouvement qui n’est pas simplement le fait des « fondamentalistes » chrétiens aux Etats-Unis : il touche de très larges couches de la population. A condition, évidemment, que les gens soient effectivement informés ! Ce n’est pas un hasard si on s’est indigné de ce que, dans une classe, un professeur ait passé un film sur l’avortement qui ne le présente pas sous un jour favorable. S’il avait passé un film le présentant sous un jour favorable, gageons qu’il aurait eu les félicitations de l’Inspection académique !…

— Changeons de sujet, mais pas tant que cela. Y a-t-il une loi morale, ou une loi religieuse, appelez-la comme vous voulez, qui soit supérieure à la loi civile, à la loi démocratiquement votée ?

— Oui, bien sûr ! Il y en a une, et il y en a même plusieurs : de façon générale, il y a le Décalogue, qui est la transcription de la loi naturelle inscrite au cœur de toute conscience droite. Et à laquelle la loi civile doit en principe se conformer. Il y a une exigence de justice et une notion du bien et du mal qui sont inscrites dans la conscience de l’être humain, et qui transcendent les lois civiles. Le droit positif n’est légitime que s’il ne viole pas le droit naturel. Certes, la volonté d’un pouvoir politique à un moment donné, serait-ce celle de la majorité, est investie d’une certaine légitimité : indiscutablement, vox populi, vox Dei, ce n’est pas simplement un adage. Même les philosophes et penseurs antiques et médiévaux reconnaissaient que la loi civile puisse, sur le plan formel, être dégagée par l’expression d’une volonté majoritaire, mais celle-ci ne saurait aller à l’encontre d’un certain nombre de principes fondamentaux. On nous parle souvent, à juste titre, de l’illégitimité de lois adoptées par des régimes totalitaires dont certains pouvaient cependant se targuer, à un moment ou à un autre, d’une adhésion populaire massive. C’est donc que cette adhésion ne peut suffire à rendre juste ce qui ne l’est pas !

— J’en viens à la laïcité qui est un peu le corollaire de cela puisque, selon le régime laïque, il n’y a pas de loi morale qui puisse être supérieure à la loi civile, Chirac l’avait dit, d’autres l’ont dit aussi. Comment voyez-vous la laïcité : est-ce véritablement un rempart contre les excès totalitaires de certaines religions, ou est-ce un colosse aux pieds d’argile auquel il ne faudrait pas faire trop confiance ?

— Pour moi, la laïcité légitime n’est pas le laïcisme, avec lequel elle est souvent volontairement confondue. C’est une tolérance, au sein d’une société qui n’a pas ou qui n’a plus d’unité spirituelle, de la puissance publique à l’égard de l’ensemble des croyances : une espèce d’engagement de la puissance publique de traiter tous les croyants d’une manière équitable, et de respecter leur liberté de conscience et de culte. Cette laïcité légitime n’a d’autre but que d’éviter un mal plus grand qui résulterait de l’affirmation par l’Etat, dans une société divisée, du caractère officiel d’une croyance, qui mettrait l’Etat en porte-à-faux par rapport à une grande partie de ses ressortissants ou de la société civile. Cette laïcité-là, en soi, est sans doute nécessaire à la paix civile, mais elle n’est pas en elle-même une valeur ; elle ne fournit aucune raison de vivre ; elle n’est une boussole ni pour l’action individuelle ni pour un devenir collectif. Dans une société spirituellement divisée, elle est légitime dans la mesure où elle a pour but d’éviter un mal plus grand qui serait la survenue ou le retour d’affrontements entre communautés religieuses.

En revanche, le laïcisme, lui, procède d’une volonté de couper, de séparer définitivement toute vie sociale et même toute vie individuelle, dans ses manifestations extérieures, de la spiritualité. Ce laïcisme a été très largement pratiqué, aux fins notamment de déchristianiser la société française – et il y est, il faut bien le dire, très largement parvenu. Personnellement, je le combats.

Si nous n’avons que ce laïcisme à opposer, par exemple à l’islamisation qui progresse, la partie est perdue d’avance.

— Au fil de ces mois de campagne que vous avez menés pour accéder à la présidence du Front national, on vous a quand même très peu vu dans les grands médias nationaux, contrairement à votre rivale, Marine Le Pen.

— C’est le moins que l’on puisse dire.

— Voyez-vous une raison à cela ?

— Il y a plusieurs hypothèses. Dans cette affaire, je n’incrimine pas Marine Le Pen. Que celle-ci ait répondu à des invitations – ou cherché à les obtenir – sur des chaînes de radio ou de télévision, ou que de larges articles lui aient été consacrés dans la presse écrite, est normal. Ce qui est en revanche parfaitement anormal, c’est l’attitude de certains journaux et de certaines chaînes de télévision. A commencer naturellement par la chaîne publique de télévision d’Etat, France 2, qui a consacré au cours des deux ou trois derniers mois pas moins de sept émissions ou reportages à Marine Le Pen, et, dans le même temps, ne m’a pas octroyé une minute. Quand mon attachée de presse appelle Mme Chabot pour savoir si la prochaine émission, compte tenu du fait que la précédente a eu pour invitée Marine Le Pen, ne pourrait pas me voir sur le plateau, dans la mesure où après tout l’avenir du Front national dépend d’une compétition à la présidence de ce mouvement (au demeurant beaucoup plus simple qu’au Parti socialiste, puisqu’il n’y a que deux prétendants), eh bien, mon attachée de presse s’entend répondre, textuellement :

« Mais vous êtes idiote, ou quoi ? Vous n’avez pas compris que nous avons décidé d’inviter Marine Le Pen et pas Bruno Gollnisch ? »

Alors, quelles sont les raisons de cela ? Je crois qu’une partie du monde médiatique me hait parce qu’elle me craint. Ils savent que je ne suis pas de leur monde. Ils savent que je ne me soumets pas à leur diktat, que je combats leurs procédés, ou que je les ai dénoncés.

Il y a certainement d’autres raisons à cette situation de fait, quelques-unes d’ailleurs étant purement circonstancielles. Mais en tout cas de la part de la chaîne France 2, il y a là une carence grave sur le plan à la fois professionnel et déontologique. Avec à son origine une décision avouée, et même froidement revendiquée, d’un boycott de ma candidature. Mais j’ai l’habitude des terrains difficiles et des déserts hostiles…

Partager cet article
Repost0

commentaires