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2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 21:52

    thumb.small.gay_adoption0.jpg    Tribune libre : S'appuyant notamment sur les observations qu'elle a pu faire durant sa carrière, la psychologue Marie-Catherine Ribeaud explore différents "scénarios" de parentalité et de filiation.

Il est beaucoup débattu ces temps-ci des questions nouvelles posées par l’adoption d’enfants par des couples homosexuels, notamment celles autour de la filiation. Mais pour tout enfant adopté, la filiation revêt une signification particulière.

Toutefois avant d’aborder cette question, je voudrai répondre à deux réflexions du précédent article de J.C. Fumet intitulé « fragile différence ». La première, au sujet de son amie en larmes : qui songerait à dévaloriser une mère qui a élevé seule sa fille, et à travers elle les milliers de femmes courageuses qui élèvent leurs enfants seules, la plupart du temps sans l’avoir choisi… La deuxième, concernant l’affirmation : la femme doit aimer le bébé qu’on lui donne.

J’ignore si ce dernier propos est provocateur mais ce fut longtemps la politique des services d’adoption : vous souhaitez un bébé mais on vous confie une fratrie, « ce sera ça ou rien ». J’ai rencontré dans ma pratique professionnelle de nombreux effets catastrophiques d’un retour du refoulé chez des parents que pression ou chantage avait contraint à accepter un enfant trop loin de celui dont il rêvait. Sans qu’il soit question de «choisir» un enfant, il s’agit de prendre en compte les désirs et les réticences des futurs parents adoptifs, même s’ils paraissent irrationnels ou choquants : car si surprise ou déception peuvent exister lors de n’importe quelle naissance, pour les parents qui adoptent, un mouvement de recul autocensuré peut être d’autant plus dévastateur dans la relation à leur enfant que l’attente en a été longue et semée d’embûches.

 

        Filiation : considérons pour l’instant la situation la plus classique. Imaginons Émilienne, la jeune fille fictive des précédents articles, abandonnée à la naissance ou un peu plus tard. Elle est adoptée à 4 ans après un passage en pouponnière, orphelinat ou famille d’accueil par un couple hétérosexuel sans enfant. Elle vient de France ou d’ailleurs, a peut-être dû apprendre une autre langue à son arrivée chez ses nouveaux parents. Peut-être ceux-ci lui ont-ils changé son prénom, pratique discutable mais courante.

On s’aperçoit que même la situation la plus habituelle renvoie à la complexité générée par toute histoire singulière. Émilienne a (ou non) des souvenirs du début de sa vie, forcément jalonné de rencontres éphémères, donc de ruptures obligées. Limitons-nous aujourd’hui à une réflexion sur la filiation.

 

       Cette jeune fille de 14 ans a grandi entre un père et une mère. Elle entre dans les turbulences de l’adolescence que ses parents, qui n’ont pas eu d’enfants « biologiques » (un mot qui convient mieux, à mon point de vue, à l’alimentation qu’à un enfant), auront tendance à attribuer à la situation d’adoption. À tort, le plus souvent, du moins en partie : les enfants d’aujourd’hui sont plus difficiles à élever que ceux d’hier. L’illusion de l’illimité, qui ne concerne pas seulement les appels du téléphone portable, contamine l’éducation. Les multiples écrans, de la game boy en voiture ou en salle d’attente, à la télé ou l’ordinateur dans la chambre, leur servent de doudou. Bientôt relayés par l’I Phone qui ne les quittera plus, à table ou à l’école, transformant ce qui avait une fonction transitionnelle, donc transitoire, en addiction permanente. Ajoutons la musique collée aux oreilles qui crée chez beaucoup d’entre eux, lorsqu’elle cesse, l’angoisse des « blancs » : ainsi appellent-ils le silence pourtant nécessaire à la réflexion et la concentration.

Oui, l’époque est difficile pour tous les parents déjà soucieux de l’avenir de leurs enfants dans le contexte actuel, mais souvent culpabilisés de ne pas leur donner tout ce que les autres possèdent dans un monde qui privilégie l’avoir à l’être.

 

       Mais un point différencie Émilienne des autres et fait d’elle une enfant différente : sa double filiation. La jeune fille, par son adoption, est inscrite symboliquement sur deux arbres généalogiques ; deux seulement dans sa situation, la plus classique.

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