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9 août 2015 7 09 /08 /août /2015 16:47

Aujourd’hui, c’est la « journée russe » au château de Rambouillet aux environs de Paris: le premier ministre russe Vladimir Poutine rencontre son homologue français François Fillon.

Ils auront un « dîner de barter »: Poutine a apporté en France de nombreuses propositions commerciales auxquelles Fillon doit répondre par les siennes. Tout cela sera couronné le soir par une bonne douzaine d’accords économiques. En fait, cette rencontre n’a rien de particulier, si ce n’est son envergure et aussi les conséquences qu’elle pourra avoir sur l’économie et politique étrangère.

Les informations, selon lesquelles au cours de la visite il pourrait être question de la vente d’un porte-hélicoptères d’assaut Mistral à la Russie ont mis en émoi nos voisins baltes et géorgiens. Effectivement, les Mistral sont des navires exceptionnels. Sans s’attarder sur leurs caractéristiques techniques, je me bornerai à en dire une chose: dans la flotte française, ils ont été baptisés « les couteaux suisses », ce qui signifie que les Mistral sont aussi polyvalents que les petits couteaux d’acier suisses. Nos voisins baltes craignent que les Mistral ne soient utilisés contre eux. Nos voisins géorgiens craignent aussi leur apparition près de leurs côtes. Bien que notre état-major général ne le reconnaisse pas ouvertement, nos chantiers navals ne pourront construire de tels navires ni dans un proche ni dans un lointain avenir.

Les Mistral ne sont pas l’objectif de la visite de Poutine, bien qu’ils en soient, pour ainsi dire, le détail le plus voyant et le plus piquant. Mais, pour cela, il n’aurait pas fallu aller à Paris.

Enfin, s’il n’avait s’agit que d’acheter un Mistral, on n’aurait pas envoyé en France une telle délégation d’hommes d’affaires russes. Elle comporte des responsables de presque toutes les compagnies gazières, pétrolières, énergétiques, métallurgiques, technologiques, automobiles, aéronautiques, bancaires, financières et d’autres compagnies russes. Leur liste occuperait toute une page. Cette visite a un caractère commercial si nettement marqué qu’elle fait penser à la Grande Représentation commerciale (par analogie avec la Grande Ambassade de l’époque de Pierre le Grand). Il est prévu de signer pendant la visite plus de 25 accords importants de coopération dans différents domaines. Renault se préoccupera de la « rénovation » d’Avtovaz (la société française y détient déjà 25% des actions). Les Français participeront à la construction du gazoduc South Stream. Total pourrait avoir accès aux marchés énergétiques russes, etc.

Il faut noter que tous les accords passés le seront à long terme, ce qui est essentiel. Lors des rencontres entre les dirigeants russes et français, l’expression de «convergence des intérêts stratégiques » a été entendue plus d’une fois.

On peut parler sans cesse de convergence des intérêts stratégiques, mais s’ils ne sont pas renforcés par des « supports » économiques, cela ne signifiera rien. D’ailleurs, il y a quelque chose de dogmatique dans l’expression d’« intérêts stratégiques communs ». En fait, quels peuvent-ils être ces intérêts stratégiques communs à la France et à la Russie ? A part la lutte contre le réchauffement climatique, ce n’est qu’un mythe. On ne saurait tout de même pas considérer la lutte contre la piraterie sur les mers comme des intérêts stratégiques communs.

Nos rapports avec l’UE ne changeront nullement après l’élection de la nouvelle direction de l’Union européenne (dirigée par un président). En réalité, nous n’avons pas de problèmes avec Bruxelles. Nous avons des problèmes à régler avec chaque pays de l’Union européenne, ce qui signifie qu’il faille ne les régler qu’au niveau national, et non supranational. Nous les avons très bien réglés avec l’Allemagne et l’Italie et nous avons commencé à le faire avec la France. Ce qui ne signifie nullement que Moscou a l’intention de briser l’Union européenne. Pas du tout. Tout simplement, Moscou voudrait que l’UE apprenne d’abord à parler d’une seule voix et que cette « voix » prenne en considération nos « préoccupations ». En attendant, nous sommes contraints de nous préoccuper de nos intérêts nationaux dans le cadre des rapports bilatéraux.

La France est un des leaders de l’Union européenne, ce qui ne plaît pas à de nombreux représentants de l’UE, surtout à l’Est.

Avant la dernière élection présidentielle en France, la Russie a récidivé en se demandant: « Lequel des présidents serait le plus favorable à la Russie, ou qui est préférable pour la Russie ? » En fin de compte, on a conclu, semble-t-il, qu’avec Nicolas Sarkozy ce serait pire, car il est « atlantiste ». Or, il s’est avéré que Nicolas Sarkozy n’était pas si mauvais et qu’il n’était pas aussi « atlantiste » qu’il le paraissait à première vue.

Ensuite, nous avons eu des casse-tête difficiles à résoudre: la Russie se porterait-elle mieux sous Chirac et Poutine, ou bien sous Sarkozy et Medvedev ? Les noms et les postes occupés ont pu être changés ou déplacés, mais la question n’a pas changé.

En fait, personne ne conteste le fait que les relations personnelles entre les dirigeants aient une grande importance. Mais il importe que les relations entre les pays ne dépendent pas de celles qu’entretiennent leurs dirigeants, ce qui serait pernicieux.

Le but de la visite de Poutine en France n’est pas d’« établir des relations entre Paris et Moscou ».En définitive, la politique étrangère est la prérogative du président. Poutine est arrivé à Paris pour jeter les fondements économiques de leur développement harmonieux. Les relations ne doivent pas « s’aligner » sur la personnalité de celui qui se trouve, à un moment concret, au Kremlin ou à l’Elysée. Elles doivent se développer conséquemment et indépendamment de celui qui s’y trouve. Pardonnez-moi ce trait d’esprit peu diplomatique, mais je considère que les présidents et les premiers ministres doivent devenir les « otages » des acquis positifs qu’ont laissé leurs prédécesseurs. En fait, il en a été ainsi avec la France.

Certes, nos relations avec la France n’ont pas toujours été excellentes. Mais elles n’ont jamais été explosives depuis le général de Gaulle qui avait de la sympathie pour la Russie. Même à l’époque soviétique, il ne croyait pas à toutes sortes d’inepties. Lors de sa visite effectuée à Moscou en 1966, son épouse Yvonne lui a dit au cours d’un dîner, que d’après certaines rumeurs, les Russes pourraient mettre dans les plats du repas un poison entraînant la mort au bout de cinq ans. Le président lui a répondu en riant qu’à leur âge, ils pouvaient en prendre le risque. De Gaulle avait alors 76 ans.

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Published by Jean-Théophane
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